Monsieur Mundstock

de Ladislav Fuks
20 x 13 cm - broché
272 p.
Date de publication : 30/5/2004
ISBN : 2-9700444-0-4
Prix : 18.00 €

En 1942, monsieur Mundstock partage le sort des juifs de Prague. Il redoute chaque jour l’arrivée de la lettre qui l’enverra en camp de concentration. Mais il n’est pas seul. Son ombre dialogue avec lui. Elle danse sa peur et son effroi. Elle exprime l’état « fendu en deux » de son esprit, commente sa moindre faiblesse et le maltraite aussi durement que le régime d’occupation. Au hasard de ses sorties dans le dédale des rues de Prague, monsieur Mundstock trébuche sur des souvenirs à chaque pas, mais peu à peu il s’agrippe à un espoir. Il trouve une piste. Peut-être même le moyen de se débarrasser de son ombre.   Monsieur Mundstock est le roman le plus connu et le plus traduit de Ladislav Fuks. C’est un livre hallucinant sur l’angoisse de l’homme, une fable à la fois drôle et émouvante qui va directement à l’essentiel.

L’avenir était plein d’atrocités.

Lesquelles, il ne le savait pas encore malgré son don de double vue.

Il croisait parfois dans l’immeuble la propriétaire, madame Heksová. Dès qu’elle l’apercevait, elle sanglotait doucement. Il en avait conclu qu’elle savait pour les atrocités, mais elle n’en disait pas plus. Une porte claquait quelque part, elle s’essuyait les yeux furtivement et s’enfuyait. La plupart du temps rien ne claquait nulle part et c’était lui qui fuyait. Se rendre chez Mosché Haus? Il y songeait, mais il n’osait plus y retourner. Non pas parce que Mosché Haus était un pauvre vieux obnubilé par les esprits, mais bien parce qu’il tenait ses informations de la Communauté juive et que chez lui, il n’était pas possible de fuir. Avant même d’atteindre la porte, il aurait déjà trébuché à mille embûches et appris toutes les atrocités. Alors il priait pour ne pas les apprendre ailleurs, ou pour ne pas, Dieu l’en garde, les découvrir de lui-même. Oui, les révélations de son don de double vue l’effaraient, l’épouvantaient. Il était plus sûr de ne rien savoir. Pour lui effilocher un nerf, il suffisait du tintement du rabat de la boîte aux lettres, alors pour les arracher tous d’un coup, il ne le supporterait pas. L’homme n’est pas si vaillant, surtout quand il s’appelle monsieur Théodore Mundstock et qu’il vit dans l’enfer nazi.

Un jour, on lui épargna le tintement. Madame Heksová lui donna une carte postale qu’elle avait trouvée dans sa boîte. Elle ne pouvait pas s’enfuir et lui non plus. Cette carte était comme un lien, comme un relais qui nécessite que deux mains se tendent. Comme ils étaient au rez-de-chaussée, une porte s’ouvrit et la concierge apparut sur le pas de sa loge. Elle avait une robe bariolée et les mains mouillées.

— Je fais une lessive, dit-elle.